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Message-ID: <51BB8BA8.1040109@free.fr>
Date: Fri, 14 Jun 2013 23:31:20 +0200
From: Jean-Luc Poitoux <jluc.poitoux@free.fr>
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To: cnestel@free.fr
CC: David Dadon <david@dadon.fr>,
 npettiaux@april.org,
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Subject: Re: [EDUC] =?UTF-8?Q?Les_jeunes_parlementaires_=C3=A9tudiantes_et?=
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Très intéressant développement de Charly que je partage totalement sauf 
que, pour ma part et jusqu'à nouvel ordre, je soutiens Montebourg comme 
le moins pire "cheval". Je considère que Mélenchon n'est pas cohérent à 
avoir voté pour Hollande au 2ème tour de la présidentielle et à avoir 
organisé une manifestation moins d'un an après de manière quasi 
unilatérale ce qui n'aura eu qu'un effet : affaiblir le gouvernement et 
s'affaiblir lui-même car rien n'aura pu en sortir.

Le ministère du redressement productif vient de lancer un service en 
ligne Colbert 2.0 pour appuyer les relocalisations. Savez-vous s'il est 
à base de logiciels libres ?

L'april est-elle en contact avec ce ministère en plus de Fleur Pelerin ?

Leur volonté de changement semble réelle, les OBJETS DE LA NOUVELLE 
FRANCE, qu'en pensez-vous ?
N'y aurait-il pas un moyen d'y faire parler de logiciels libres et de 
systèmes ouverts ?

Concernant "écosystème" à propos de modèles économiques, 
personnellement, je ne le ressens que comme une approche systémique des 
organisations vues comme des êtres vivants. Peut-être que quand c'est un 
ultralibéral qui emploie ce terme, il est forcément contaminé, mais je 
considère qu'il ne faut pas jeter ce bébé avec l'eau du bain car 
s'inspirer de la nature est plus qu'à la mode : si on réussit à copier 
son ingénièrie et à s'inspirer des mécanismes de symbiose entre êtres 
vivants, on n'aura pas perdu notre temps...

bien cordialement

JLuc


cnestel@free.fr a écrit :
> ----- David Dadon <david@dadon.fr> a écrit :
>> Hey Charlie !
> 
> Salut David,
> 
>> Je ne suis pas du tout d'accord avec toi ! Le public peut très bien être
>> sensible à ces problèmes. Il faut juste savoir leurs expliquer.
> 
> Nous sommes sur ce point bien sûr d'accord. Et j'éprouve le
> plus grand respect pour ce que tu appelles le "public", c'est-à-dire
> le peuple, les citoyens-nes...
> 
>> Pour les
>> logiciels libre tu parle de coût et de vitesse ( Cf : Ordi de la mairie de
>> Paris). C'est comme ça qu'ils vont te suivre !
>> Tu peux très bien leurs explique la différence entre un logiciel libre et
>> un logiciel propriétaire, il faut savoir raconter des histoires.
> 
> Pour ce qui me concerne, je ne raconte pas des histoires.
> 
> Simplement je pars d'un multiple constat.
> 
> Par exemple, j'ai rencontré à l'occasion d'un concert de musique
> baroque, hier à Aix-en-Provence, un historien très renommé
> de la seconde guerre mondiale et de la shoah qui accompagnait
> le Président de la Fondation du Camp des Milles, un petit Drancy
> qui fonctionna avant même la seconde guerre mondiale pour
> enfermer les "indésirables" (principalement des anti-fascistes
> espagnols, italiens, allemands dont Max Ernst)...
> J'ai essayé, dans le contexte du "plus jamais cela", l'amener
> sur le terrain de l'informatique, notamment en me référant au 
> livre d'Edwin Black "IBM et l'holocoste", en lui rappelant par
> exemple que le numéro tatoué au bras de chaque déporté renvoyait
> à une carte perforée sur les machines hollerith sous licence
> IBM.
> Il ne pouvait pas comprendre ce que je disais. Pour lui ce n'était
> pas audible. Encore moins quand je lui faisais observer qu'au
> dessus de la logistique des trains, gérée par Adolf Eichmann et
> décrite par Hannah Arendt, il y avait sur les machines mécanographiques,
> ancêtres des ordinateurs : des bases de données ; sans lesquelles
> les trains ne pouvaient pas circuler. Je lui citais Carmille,
> ancien militant de l'Action Française, mort déporté à Dashau auquel
> le gouvernement de Vichy avait confié la mise sur fiches de toute
> la population et parce qu'il refusa entre autre, obstinément, de faire
> le fichier centralisé des Juifs (auquel la majorité de la population
> Juive de France doit la vie malgré les persécutions et les fichiers
> incomplets des préfectures).
> Avant de déporter les populations et les enfermer dans un camp
> comme Drancy ou le camp des Milles d'Aix-en-Provence, il fallait
> d'abord pouvoir les identifier.
> Et la raison pour laquelle l'honorable historien ne pouvait pas
> comprendre mon discours, c'est que l'informatique, même dans ses
> balbutiements n'était pas directement phénoménologiquement perceptible
> par les sens ; les trains oui, les familles de paysans qui ont
> caché un enfant Juif : oui ; mais pas Carmille dont l'action
> essentielle n'était pas immédiatement perceptible.
> 
> Avec l'informatique, nous sommes entrés dans un monde qui a rendu
> possible la globalisation (dite mondialisation), mais la compréhension
> de ses enjeux passe par une abstraction, une éducation.
> 
> Ainsi, si nous savons que les enjeux du logiciel et des cultures libres
> sont des enjeux fondamentaux, ils ne sont pas immédiatement perceptibles
> par les gens. 
> 
> De plus, le temps de la globalisation multilatérale n'est pas 
> celui des échéances électorales. Entre la conférence diplomatique
> de l'OMC a l'ONU de 1996 qui instaura les DRMs et la Directive
> européenne, puis sa traduction dans la loi DADVSI et enfin son
> réajustement dans l'Hadopi : il y a plus d'une quinzaine d'années.
> 
> Les thèmes que nous portons n'ont que très peu d'effet électoral
> en ce qu'ils n'apparaissent pas dans l'urgence du ressenti social.
> 
> Pour que l'Assemblée Générale des établissements en grève du mouvement
> du 93, à la fin des années quatre-vingt-dix exige la fin de la 
> microsoftisation de l'éducation et des dotations en logiciels 
> libres, il a fallu deux mois de grève au cours desquels la conscience
> collective du mouvement social fasse un bon en avant.
> 
> De plus, tous les partis politiques - sans exception - ont subi 
> durant la dernière campagne électorale une pression sans précédent
> des lobbies culturels, y compris à EELV, malgré le fait que
> par l'intermédiaire de mon fils, EELV accepta de payer le voyage
> de Stallman en France et rencontra Eva Joly.
> 
> De plus nous devons faire face à une mutation technologique,
> notamment dans l'informatique nomade, ainsi que dans le déploiement
> de technologies dites de cloud computing, notamment dans sa version
> SaaS (logiciel comme service).
> 
> De ce fait, la tendance néo-libérale open source s'éloigne de plus
> en plus du logiciel libre, mais le pollue idéologiquement 
> par des notions néo-libérales qui ne veulent rien dire, comme "écosystème"
> à propos de modèles économiques qui se retrouvent y compris dans certains
> communiqués de l"April sur l'éducation.
> 
> Pour se faire entendre le mouvement pour le logiciel libre
> doit en premier lieu s'allier avec des communautés, par exemple
> celui des semences libres, qui poursuivent un but similaire au nôtre ;
> élargir les problématiques, par exemple sur les modèles économiques
> de l'optimisation fiscale des grandes firmes transnationales
> du "numérique" privateur.
> 
> Je suis co-fondateur du Front de gauche du numérique. J'ai dépensé
> une énergie pas possible à essayer de faire passer une ou deux
> idées qui ne sont jamais passées.
> 
> Par exemple sur l'Open Data. Impossible d'obtenir un consensus sur
> une prise de position en faveur des licences de copyleft sur
> les bases de données, à l'instar de la licence ODbL de la ville
> de Paris ou de projet OpenStreetMap.
> Et en arrière plan, le débat de fond sur le statut juridique 
> d'une hypothétique socialisation des moyens de production,
> révélée à l'occasion du débat sur les licences que soutenions
> dans l'Open Data.
> En effet, par une directive européenne, fut introduit un droit
> du producteur des bases de données (disjoint du droit d'auteur
> sur les contenus) qualifié de sui generis. 
> Le statut des données publiques, par exemple des anales d'un
> examen qui contrairement aux corrections ne sont pas soumis
> au droit d'auteur, est devenu une propriété publique, par
> le passage dans une base de données.
> Ce qui différencie le droit res communis de la propriété publique
> c'est le fait que dans le premier cas, l'Etat, la puissance
> publique n'est que le garant de la chose publique sur laquelle
> personne ne peut exercer de propriété ; dans le second - la
> propriété publique : l'Etat en est le propriétaire.
> 
> C'est par le même processus que par le passage au numérique,
> ce qui relevait préalablement du domaine public est devenu avec
> Gallica : une propriété publique par le droit sui generis 
> sur les bases de données (interdisant la possibilité pour un
> éditeur de faire la même chose qu'avec un support papier... ).
> 
> En ce sens, et je n'ai pris que quelques exemples, l'enjeu
> du Libre n'est pas réductible à un choix technique entre
> deux produits ; c'est un enjeu fondamental de société,
> de civilisation.
> 
> Amicalement,
> Librement,
> Charlie
> 
> 
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